09/09/18 Huits mineurs isolés ont participé cet été à un atelier photo à Daoulas.

Leurs clichés ont   été accrochés à la Mairie de Daoulas pour deux mois

Certes, la photo officielle du président de la République qui trône dans la salle, deux mètres au-dessus des autres, n’est pas le fruit de leur travail. Mais être exposé en mairie de Daoulas, c’est quand même la classe.

C’est ce que semblaient ressentir ces mineurs isolés, samedi après-midi, à l’occasion du vernissage de l’exposition de leur travail, issu d’un atelier photographique. Originaires du Pakistan, du Mali, de Nouvelle Guinée ou de Côte d’Ivoire, ils ont, de la fin juillet au 20 août, pris en main des appareils photo, pour la première fois de leur vie, fait des prises de vue à Brest (au port, aux Capucins) et Daoulas (dans le village et à l’abbaye). Ils ont aussi retravaillé leurs fichiers sur ordinateur, avec des logiciels. Autant de découvertes.

 

« Cela donne envie de continuer »

 

Parmi eux, c’est Abdoul Sory, Ivoirien de 17 ans, qui en parle le mieux. « Ce n’était pas facile pour quelqu’un qui n’avait pas du tout fait de photo. Nous en avons fait 50 ou 60 chacun, il fallait en choisir sept chacun… Cela donne envie de continuer, d’avoir un jour mon propre matériel. Et ce qui m’a plu, c’est aussi l’entente entre nous… ». On le voit, par exemple, poser aux Capucins avec Monique, « une éducatrice qui m’a aidé à mieux écrire et parler en français ».

Les clichés présentent des paysages, des portraits, des autoportraits, des jeux sur les matières, les textures… « Ils ont pu utiliser autre chose que des téléphones portables et s’ouvrir à la photo », racontent Colyne Orcil, éducatrice de Damie (Dispositif d’accompagnement des mineurs isolés étrangers), et Zoriana Raymond, chargée de médiation à l’abbaye de Daoulas. Rencontrer des gens aussi, comme ceux qui ont bien voulu les accueillir chez eux pour une photo mise en scène.

 

« Incroyablement motivés »

 

Avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), les Balades photographiques de Daoulas, qui existent depuis cinq ans, ont pu développer leur activité sur le modèle des Rencontres photographiques de Vendôme (41). Philippe Andrieu y anime depuis dix ans des ateliers envers des publics très éloignés de cet art.

« Ils ont été incroyablement motivés par cette éducation à l’image. Pas un n’a décroché », insiste avec enthousiasme l’artiste. « Au départ, ils ont utilisé l’appareil un peu comme un bloc-notes, puis ils ont commencé à faire des choses plus complexes ». On peut voir par exemple un jeu subtil de reflets, qu’il faut quelques secondes pour apprivoiser.

L’initiative devrait être renouvelée l’an prochain avec d’autres jeunes, à qui les organisateurs entendent ainsi donner l’occasion de s’exprimer d’une façon constructive, et de prendre confiance en leurs possibilités.