Prise de parole du Mercredi25/04/18 devant la sous prefecture de Brest

 

« Rien n’indique qu’Abdulla Ramadani soit mort de sa pathologie » : voilà la défense publique de la préfecture quand nous l’accusons de non assistance à personne en danger. Depuis le 16 mars, Abdulla Ramadani, demandeur d’asile, hémodialysé, passait ses nuits dehors, en totale contre indication avec son état de santé. Après un mois de vie à la rue, Abdulla est décédé jeudi dernier d’insuffisance respiratoire.

 

« Rien n’indique qu’Abdulla Ramadani soit mort de sa pathologie »: c’est une défense pitoyable, indécente, face à la mort d’un homme. . . .

 

Et quand bien même d’ailleurs, quand bien même Abdulla Ramadani serait mort de tout autre chose ? Est qu’on laisse les gens en France mourir à la rue, comme des chiens ?

 

« Rien n’indique qu’Abdulla Ramadani soit mort de sa pathologie »

 

Mais quid de signaux d’alarme des assistantes sociales du Conseil départemental ? quid des signaux d’alarme du centre d’accueil de jour Le Phare où Adbulla avait trouvé un lieu pour se reposer un peu en journée ? De ceux de l’accueil précarité du CHU avec des personnels qui l’ont accompagné lors de ses déboires d’avec la préfecture ? Quid des sept certificats médicaux qui alertaient la préfecture sur la vulnérabilité d’Adbulla ? 7 certificats rédigés par différents services de l’Hôpital. Affirmer qu’« Abdulla Ramadani n’est pas mort de sa pathologie », c’est nier la probité des personnels soignants qui demandent une mise à l’abri, c’est nier le travail de prévention des assistances sociales qui ont alerté sans relâche pendant un mois les services de la préfecture.

 

Ceux d’entre nous qui ont accompagné Abdulla ses derniers jours ont vu un homme épuisé, usé par sa maladie certes mais aussi angoissé par ses conditions de vie précaires, à la rue et par son combat contre une administration d’un cynisme sans limite.

 

Il n’y a vraiment que le Préfet pour oser se défendre en soutenant que « rien n’indique qu’Abdulla Ramadani soit mort de sa pathologie ». Comment le préfet,  et ses services,  s' autorisent ils à évaluer un état de santé au " feeling" alors que des médecins ont fait une évaluation clinique objectivée ! Cette administration est dans la toute puissance.

 

La vérité, c’est que la Préfecture du Finistère ne tient plus compte de ces certificats médicaux de vulnérabilité pour la mise à l’abri des personnes migrantes. Depuis le 1er janvier, pas une seule mise à l’abri n’a été déclenchée sur la base de ces certificats.

 

On ne parle pas ici des migrants célibataires, ou en famille avec des enfants qui vivent dehors ou dans des squats : ce sont déjà en soi des conditions d’accueil indignes et condamnables.

 

Mais on parle ici d’un public de patients pour qui le corps médical a alerté sur leur situation de vulnérabilité : des insuffisants cardiaques, des insuffisants rénaux, des mineurs isolés, des femmes enceintes de 6, 7 ou 8 mois, de très jeunes enfants, parfois même des nouveaux nés, des personnes en traitement de chimiothérapie et même une femme en phase terminale. Voilà les situations que nous rencontrons, nous, associations de défense des droits de l’Homme, et que la préfecture ne veut pas, ne veut plus prendre en charge.

 

Parce que depuis le 1er janvier, la préfecture du Finistère n’a hébergé aucun migrant sur la base de ces certificats médicaux de vulnérabilité.

 

Le décès d’Adbulla était prévisible, et d’autres drames humains suivront fatalement si la politique du préfet du Finistère ne change pas radicalement en la matière.

 

Cette politique qui nie la santé physique et mentale des personnes

 

Est ce une question comptable qui motive cette politique préfectorale ? D’après les chiffres que nous avons pu recueillir, au regard des situations que nous suivons, ce sont une quarantaine de situations de vulnérabilité par an, dont la moitié n’a pas déclenché, pour l’année 2017, une mise à l’abri. 40 situations, à l’échelle d’un département grand comme le Finistère, c’est dérisoire et il ne coûterait pas grand chose de décider de tous les prendre en charge !

 

La vérité, c’est que le préfet veut envoyer un signal à l’encontre de la communauté migrante de notre département, un signal qui leur dit « vous n’êtes pas les bienvenus en France ». Et pour s’assurer que son message est bien passé, il va prendre le risque d’abandonner sur le bord de la route, ou plutôt à la rue, quelques migrants en situation vulnérable. Cette politique a un coût, aujourd’hui celle de la vie d’un homme.

 

Adbulla est le 1er migrant à mourir à la rue dans le Finistère, dans une période effrayante, effrayante pour les demandeurs d’asile mais effrayante aussi pour nos valeurs humanistes et notre tradition d’asile. Alors que l’assemblée nationale vient de voter une loi « Asile-immigration » porteuse de terribles régressions pour le droit d’asile, alors que le ministre de l’intérieur renvoie dos à dos les milices d’extrême droite qui paradent dans les Alpes et les collectifs de soutien aux migrants, le préfet du Finistère n’est pas en reste : il a ordonner la semaine dernière l’expulsion de la maison des mineurs à Brest où des jeunes avaient trouvé un lieu, certes précaire, mais un lieu pour dormir et se reposer. Et il vient de procéder à l’expulsion d’un squat ce matin à coté de la gare. Autant de personne qui se retrouvent à la rue sans aucune solution d’hébergement.

 

Adbulla est le premier migrant à mourir mais faisons en sorte qu’il soit aussi le dernier,

 

Par des rassemblements comme celui de ce soir, nous aussi nous voulons envoyer un signal au Préfet du Finistère : « nous ne nous habituerons pas à voir des personnes vulnérables à la rue », « nous ne le tolérerons pas et nous serons là, sur votre route, pour dénoncer votre politique de non assistance à personne en danger ».

 

Un homme est mort, et nous sommes en colère,

en colère contre vous Monsieur le Préfet !